Un carnet en papier recyclé arrive au service marketing avec une étiquette qui annonce « 100 % écologique ». Personne ne sait qui a validé la mention, ni sur quelle pièce elle repose. Le jour où un acheteur européen demande la preuve, la réponse tient dans une fiche fournisseur en anglais, sans date ni référence.
Le vide juridique marocain explique en partie cette légèreté. Aucun texte dédié à l’écoblanchiment n’a encore été adopté au Maroc, comme le relève le cabinet CMS dans sa publication Green Globe consacrée au pays. La pratique est davantage traitée par les associations et la doctrine que par un régime spécifique.
Le droit commun reste applicable, en particulier l’article 21 de la loi 31-08 relative à la protection du consommateur, qui vise la publicité trompeuse. Pour une entreprise qui exporte vers l’Union européenne, la contrainte change de nature et de calendrier.
Aucune mention environnementale n’est libre. Au Maroc, une allégation doit être exacte et vérifiable sous peine de publicité trompeuse au sens de la loi 31-08. Pour l’export vers l’Union européenne, la directive 2024/825 interdit, à partir du 27 septembre 2026, les formules génériques, les labels auto-décernés et les promesses de neutralité fondées sur la compensation.
Goodies écologiques et allégations, ce que le droit marocain prévoit
Il n’existe pas de texte marocain qui encadre spécifiquement les mentions écologiques apposées sur un objet publicitaire. Cette absence ne crée pas un espace de liberté, elle déplace le risque vers le droit de la consommation et vers la responsabilité contractuelle.
L’article 21 de la loi 31-08 pose la règle utile. Une publicité qui contient des indications fausses ou de nature à induire le consommateur en erreur est répréhensible, et le support de l’erreur importe peu. Un catalogue, un emballage, une page produit et une étiquette relèvent tous de la même logique.
Deux autres textes dessinent le décor sans le fermer. La loi 49-17 relative à l’évaluation environnementale encadre les projets, pas les allégations produit. La circulaire 03/19 de l’Autorité marocaine du marché des capitaux impose un rapport ESG aux sociétés cotées, ce qui concerne la communication financière et non l’étiquette d’un stylo.
La conséquence pratique est simple. Sur le marché intérieur, la mention écologique tient si elle est vraie et si l’entreprise peut la démontrer. Aucun label officiel marocain n’est exigé pour un mug ou un carnet, ce qui laisse la porte ouverte aux formules creuses.
La demande des clients, elle, avance plus vite que le droit. Les appels d’offres et les chartes d’achat responsables intègrent déjà des questions sur la composition, l’origine et la fin de vie des objets remis. Un service marketing qui ne peut pas répondre perd la commande avant même d’avoir discuté du prix.
La bonne réponse n’est donc pas d’attendre un texte marocain pour réécrire une fiche produit. C’est de constituer la preuve au moment de la commande, quand le fournisseur est encore joignable et que la matière est encore identifiée.
Ce que la directive 2024/825 change pour un exportateur
La directive (UE) 2024/825 du 28 février 2024 modifie deux textes européens sur les pratiques commerciales déloyales et sur les droits des consommateurs. Sa transposition par les États membres était attendue au plus tard le 27 mars 2026, et son application est fixée au 27 septembre 2026.
Le texte ne se contente pas d’interdire les mensonges caractérisés. Il vise les allégations invérifiables, les labels de durabilité qui ne reposent pas sur un système de certification ou sur une autorité publique, et les affirmations de neutralité carbone obtenues par compensation. Une entreprise marocaine qui livre des objets marqués à un client européen entre dans son champ.
Le cabinet Executive Legal, dans une note sur les risques juridiques des exportateurs marocains, évoque des sanctions pouvant atteindre une part du chiffre d’affaires européen de l’entreprise visée. Le chiffre circule, sa portée exacte dépend du droit national de transposition. La prudence commande de retenir le principe plutôt que le pourcentage.
Un responsable marketing export doit donc traiter l’allégation comme une clause contractuelle. Ce qui est écrit sur un goodie engage l’entreprise qui l’offre, même lorsque le goodie a été acheté à un tiers et simplement marqué.
| Type de mention | Statut après 2026 | Ce qui la rend défendable |
|---|---|---|
| « Écologique », « vert », « respectueux de l’environnement » | Formule générique, interdite sans performance reconnue | Une caractéristique précise, mesurable et documentée |
| « Neutre en carbone » | Interdite si elle repose sur de la compensation | Une réduction réelle, vérifiée, sur le périmètre annoncé |
| Label maison dessiné par l’entreprise | Assimilé à un label non certifié | Un référentiel public, ou l’abandon du label |
| « Contient de la matière recyclée » | Autorisée avec preuve | Une fiche technique et une attestation fournisseur datées |
| « Recyclable » | Autorisée si la filière existe | La mention de la consigne et de la filière réelle |
| « Durable », « résistant » | Soumise à preuve d’usage | Un test de vieillissement ou une garantie écrite |
Ce tableau n’est pas un mode d’emploi juridique, c’est une grille de relecture. Il montre qu’une mention ne devient pas vraie parce qu’elle est courante dans le secteur. Elle devient défendable parce qu’une pièce la soutient.

Tapis de souris en liège circulaire avec base antidérapante en silicone, 33 DH l’unité, un objet dont la composition se décrit matière par matière sans avoir à qualifier l’ensemble d’écologique.
Une allégation, une preuve
La règle tient en une phrase, et elle suffit à trier un catalogue. Chaque mention environnementale doit être reliée à une pièce que l’entreprise peut produire dans la journée si un client la demande. Sans cette pièce, la mention sort.
La preuve n’est pas forcément un certificat. Une fiche technique de matière, une facture d’achat, une composition indiquée par le fabricant ou une attestation signée par le fournisseur suffisent souvent. Ce qui compte est la traçabilité, c’est-à-dire la capacité à remonter de l’étiquette jusqu’au document.
Le classement des preuves par solidité aide à arbitrer. Une composition chimique documentée vaut mieux qu’un argument de matière première. Une attestation datée vaut mieux qu’une brochure commerciale. Une certification délivrée par un organisme indépendant vaut mieux qu’une auto-déclaration.
Trois formulations à retirer d’un catalogue
« Respectueux de l’environnement »
La formule ne dit rien de vérifiable. Respectueux à quel titre, sur quel impact, pendant quelle durée d’usage ? Un acheteur européen la lira comme une allégation générique, et une autorité de contrôle aussi. La remplacer par une caractéristique précise, comme la part de matière recyclée ou l’absence d’un composant, règle le problème.
« Neutre en carbone »
La neutralité affichée repose presque toujours sur l’achat de crédits de compensation. La directive 2024/825 ferme cette porte lorsque la compensation est le seul fondement de la promesse. Une entreprise qui veut parler de carbone doit parler de réduction mesurée, sur un périmètre défini, avec une méthode datée.
« Éco-responsable » avec un logo maison
Un label dessiné en interne, avec une feuille verte et un slogan, produit exactement l’effet visé par le texte européen. Il suggère une certification qui n’existe pas. La solution est soit de rejoindre un référentiel reconnu, soit de supprimer le visuel et de garder une phrase factuelle.
Questions fréquentes
Peut-on écrire « éco-responsable » sur un objet au Maroc ?
Rien ne l’interdit formellement, faute de texte dédié. La mention reste exposée à l’article 21 de la loi 31-08 si elle induit le consommateur en erreur. Une entreprise qui ne peut pas documenter l’engagement prend un risque disproportionné pour un mot.
Un fournisseur qui affirme « 100 % recyclé » suffit-il ?
Non. La mention reste une allégation de l’entreprise qui offre l’objet, et c’est elle qui devra la justifier. Un document signé par le fournisseur, avec sa date et la fiche technique de la matière, constitue une base acceptable. Une phrase dans un courriel ne suffit pas.
Faut-il un certificat pour parler de bambou ou de liège ?
Pas pour nommer la matière, à condition que l’objet en contienne réellement. Le certificat devient nécessaire dès que la mention suggère une performance, une origine garantie ou un avantage environnemental comparatif. Décrire une composition n’est pas revendiquer un impact.
Les pièces à garder au dossier
- La fiche technique de chaque matière utilisée dans l’objet.
- L’attestation du fournisseur, datée et signée, pour chaque allégation.
- La composition exacte de l’objet fini, emballage compris.
- La photo du marquage réellement livré, avec le texte définitif.
- La date de dernière vérification de chaque mention du catalogue.
Ce dossier sert deux fois. Il répond aux questions d’un acheteur avant la commande, et il protège l’entreprise si une mention est contestée après livraison. Il coûte quelques heures de classement, une fois, puis se met à jour à chaque nouvelle référence.
La relecture des mentions existantes est le vrai point de départ. Un catalogue de goodies contient souvent des formulations héritées d’anciennes fiches fournisseur, jamais revues depuis. Les goodies écologiques et RSE se choisissent sur des matières identifiables, et les objets destinés aux salons professionnels méritent la même vigilance, parce qu’ils circulent vite et loin.
Une seule question suffit à trancher, avant l’impression. Si la preuve n’existe pas encore, la mention n’a pas sa place sur l’objet. Pour cadrer une commande avec des mentions que vous pouvez documenter, demandez un devis en précisant les matières et les formulations envisagées.
