Une facture de 12 000 dirhams hors taxes pour une commande de fin d’année. La ligne de TVA indique 2 400 dirhams. Le comptable valide la déductibilité du résultat fiscal, puis s’arrête sur la case suivante et inscrit zéro dans la colonne de la taxe récupérable. Le cadeau est admis en charge, la taxe reste perdue.
Ce blocage arrive en fin d’exercice, quand les commandes de fin d’année remontent en comptabilité. Il ne vient pas d’un oubli du fournisseur ni d’une erreur de libellé sur la facture. Il vient du régime des libéralités, que le Code général des impôts traite séparément du régime des charges publicitaires.
La TVA supportée sur un cadeau d’entreprise n’est pas récupérable au Maroc. L’article 106-I du Code général des impôts exclut du droit à déduction la taxe payée sur les libéralités, et la doctrine administrative y rattache les cadeaux remis à la clientèle. La dépense reste déductible du résultat dans la limite de 100 dirhams par objet marqué. La TVA, elle, ne revient jamais.
Ce que l’article 106-I met dans les libéralités
Le texte écarte la taxe supportée sur les libéralités sans distinguer le montant ni le destinataire. Un cadeau remis sans contrepartie identifiable tombe dans cette catégorie, parce que le client ne paie rien et ne s’engage à rien. L’objet quitte le patrimoine de l’entreprise sans facture de vente, et la taxe d’amont ne suit plus la chaîne commerciale.
Beaucoup d’acheteurs pensent que le marquage règle la question. Il règle la déductibilité du résultat, pas la TVA. Un stylo gravé au nom de la société reste un bien cédé gratuitement, et la taxe payée à l’achat ne se récupère pas davantage qu’un stylo nu. Cette asymétrie entre les deux impôts explique la plupart des écarts entre le budget voté et le coût réellement constaté en clôture, surtout sur les commandes de volume où la taxe représente un cinquième de la dépense.
La note 2026 du cabinet Upsilon Consulting sur les cadeaux d’entreprise le formule sans détour. La TVA sur ces cadeaux n’est jamais récupérable, y compris lorsque la dépense est admise au titre des cadeaux publicitaires. Le même document rappelle le plafond de 100 dirhams de l’article 10-I-B-1° et la réintégration totale en cas de dépassement.
TVA cadeaux entreprise, quatre cas et quatre traitements
La difficulté pratique ne porte pas sur le principe, elle porte sur la qualification. Quatre situations reviennent dans les dossiers, et elles ne se traitent pas de la même façon.
| Objet remis | Qualification | Résultat fiscal | TVA |
|---|---|---|---|
| Porte-clés marqué à 4 DH | Cadeau publicitaire sous le plafond | Déductible | Non récupérable |
| Objet marqué au-delà de 100 DH | Cadeau hors plafond | Réintégré en totalité | Non récupérable |
| Sac en toile sans logo | Libéralité au sens de l’article 11-IV | Non déductible | Non récupérable |
| Échantillon de produit | Compte 61442 | À arbitrer selon l’usage | À arbitrer |
Le stylo métal mat avec embout tactile du catalogue répond au même usage qu’un porte-clés, sur un segment de prix plus élevé, ce qui déplace la question du plafond vers celle du segment de clientèle.
Le tableau donne la règle générale, pas la décision. La dernière ligne demande un examen au cas par cas, parce que l’échantillon destiné à un essai client n’a pas le même statut qu’un reliquat distribué en fin de salon.

Porte-clés plexiglas, 4 DH l’unité, marquage par gravure ou impression, utilisable en distribution large sur un accueil ou un salon sans faire sortir la ligne du plafond de 100 dirhams.
Pourquoi la facture doit être au nom de l’entreprise
Une facture établie au nom d’un salarié qui a réglé avec sa carte personnelle ne prouve rien. Le comptable peut la refuser en charge, et la TVA ne se récupère de toute façon pas. Le document doit porter la raison sociale exacte, l’identifiant commun de l’entreprise et l’adresse du siège.
La désignation du produit compte autant que l’en-tête. Une ligne « articles publicitaires » sans référence ni quantité oblige à reconstituer le dossier trois ans plus tard, en cas de contrôle. Une ligne qui nomme l’objet, la quantité et le marquage se défend seule.
Le bon de commande complète la facture, surtout sur les commandes fractionnées. Il porte la date de livraison, le lieu de réception et le nombre d’unités par livraison. Ces trois éléments permettent de recalculer une valeur unitaire sans discussion.
Trois pièces que le comptable réclamera
Avant de valider une ligne de cadeaux, la plupart des services comptables demandent un dossier court mais complet. Le contenu varie d’une société à l’autre, la logique reste la même.
- La facture au nom de l’entreprise, avec l’identifiant commun et la date de livraison.
- La preuve du marquage, sous forme de bon à tirer signé ou d’un exemplaire conservé au dossier.
- La valeur unitaire toutes taxes comprises, calculée en divisant le total par le nombre d’unités.
Le troisième point tranche la plupart des litiges internes. Une commande de 300 pièces à 4 dirhams l’unité laisse une marge confortable sous le plafond, même avec le marquage et le transport refacturés. La même commande passée sur un objet à 60 dirhams n’en laisse presque plus.
Trois erreurs qui font perdre la déduction
Les dossiers refusés se ressemblent. La première erreur est une facture libellée au nom d’un salarié. La deuxième est une valeur unitaire calculée sur le total de la commande, alors que le plafond s’apprécie objet par objet. La troisième est un objet livré sans marquage, souvent parce que le logo a été ajouté après la production.
- Facture au nom d’un salarié, au lieu de la raison sociale de l’entreprise.
- Valeur unitaire déduite du montant global, transport inclus, sans division par le nombre de pièces.
- Objet livré nu, avec un marquage annoncé mais jamais réalisé.
La correction se fait en amont, au moment du chiffrage. Un devis détaillé qui sépare le prix de l’objet et le prix du marquage rend la valeur unitaire lisible, et évite de découvrir l’écart à la clôture.
L’échantillon suit un autre chemin
Le plan comptable marocain range les échantillons remis gratuitement dans le compte 61442, distinct du 61447 réservé aux cadeaux publicitaires à la clientèle. La séparation n’est pas décorative. Elle permet de présenter au contrôle une distribution d’essai et non une distribution d’objets marqués.
La fiche du compte 6144 publiée par Plan comptable détaille ces subdivisions, du 61441 des annonces au 61448 des publications légales. Elle rappelle aussi que le 61443 accueille la participation aux foires et expositions, ce qui évite de mélanger les frais de stand et les objets distribués.
Questions fréquentes
La TVA est-elle récupérable si l’objet coûte moins de 100 dirhams ?
Non. Le plafond de 100 dirhams conditionne la déduction du résultat, pas le droit à déduction de la TVA. Un porte-clés à 4 dirhams et un coffret à 300 dirhams suivent la même règle sur la taxe.
Un cadeau offert à un prospect suit-il le même régime ?
Le régime est identique, la justification diffère. Un prospect n’a pas de compte client ouvert, et le dossier doit alors documenter le contexte de la remise, par exemple un salon ou une visite commerciale.
Peut-on récupérer la TVA sur les frais de marquage ?
La question se pose quand la gravure ou la sérigraphie est facturée à part. Le cabinet Upsilon Consulting renvoie sur ce point à l’analyse au cas par cas, et la réponse dépend de la façon dont la prestation est facturée et rattachée au bien.
Le prix affiché n’est pas le coût
Un catalogue affiche des prix toutes taxes comprises, et c’est heureux pour comparer deux devis. La comptabilité, elle, raisonne hors taxes. L’écart entre les deux lectures atteint un cinquième du montant sur un taux à 20 %, et cet écart n’est pas récupérable.
Sur une enveloppe de 50 000 dirhams hors taxes, la TVA ajoute 10 000 dirhams qui restent définitivement à la charge de l’entreprise. Un budget voté en hors taxes surestime donc la quantité d’objets finançables, parfois de plusieurs centaines d’unités.
La correction est simple à intégrer en amont. Il suffit de raisonner en coût complet, taxe incluse, dès la fixation du nombre de destinataires. Les cadeaux d’entreprise personnalisés se chiffrent alors sur une base qui ne bougera plus au moment de la clôture.
Le calcul exact dépend ensuite du taux applicable et du traitement retenu pour chaque ligne. Un comptable ou un expert-comptable tranchera sur pièces, et c’est lui qui engage la position de l’entreprise face à l’administration. Pour préparer le dossier, il reste à chiffrer le nombre d’unités et le type de marquage avant de figer l’enveloppe. Un devis détaillé avec les prix unitaires et les frais de marquage donne au comptable les éléments dont il a besoin.
